Finalement, cette crise aura peut-être quelque chose de positif.
Oh bien sur pas sur les populations les plus exposées, et pas immédiatement, mais j'entrevois une lueur d'espoir.
Je vais m'attacher à détailler ma pensée en relation avec le modèle que je connais le mieux, la France, car mes compétences en matières Serbo-Croates ou Béninoise sont quasi nulles.
Depuis plusieurs décennies nos média français se complaisent à dénoncer nos gouvernements quels qu'ils soient, car quand un gouvernement de gauche pointe le bout de son nez à l'Elysée ou à Matignon, sa politique ressemble de près ou de loin à ce qu'ont fait leur prédécesseurs. Donc pour nos média, nos gouvernements sont d'indécrottables capitalistes, à la solde du patronat, avec comme unique objectif d'accroître les inégalités. La preuve, l'exposition des syndicats contestataires (oui, je sais, c'est un pléonasme) dans les média est au moins équivalente sinon supérieure à celle de nos gouvernants.
Donc, pour les média, leur rôle est uniquement axé sur la contestation du pouvoir en place.
Toujours depuis de nombreuses années, nos média français se complaisent à dénoncer les travers de notre société et de ses citoyens. Nous ne sommes en effet pas assez solidaires, pas assez éco responsables, pas assez multiculturels, pas assez festins, en un mot nous sommes infréquentables. La preuve, l'exposition quasi systématique de telle ou telle organisation-non-gouvernemantale dans ces mêmes média, de groupuscules plus ou moins identifiés, et in fine d'experts auto-proclamés-et-assimilés ou d'intellectuel pour bien nous convaincre à longueur de temps que oui, nous devons absolument penser comme ces post-soixantards attardés de journaleux.
Donc, pour les média, leur rôle est de nous éduquer et nous forcer à abandonner notre culture et notre
identité.
Et tout bien réfléchi, si j'étais un journaliste, voire même un bon journaliste (oui je sais, c'est un oxymore), je me sentirais dans une position bien confortable. Je donne des leçons à la terre entière.
Si quelqu'un veut un tant soit peu me donner une leçon je crie à l'atteinte à la liberté de la presse ou toute autre excuse bidon destinée à faire taire l'impudent qui tente de parler de moi.
En gros, je suis inattaquable, là juché sur mon rocher de ma bien-pensance.
De toute manière je ne craint rien je suis très à l'aide financièrement, et je suis incontournable.
Oui mais voilà. Depuis quelques mois, j'ai peur (faites bien attention, je parle en tant que "journaliste", suivez un peu, vous là, dans le fond). J'ai peur car en raison de mon inculture crasse, la crise de la dette des états semble me montrer que mon confort peut être mis à mal. Déjà trois morts en Grèce, il ne faudrait quand même pas que ça vienne chez nous, non ?
Allez ! Lisez les titres depuis deux ou trois semaines. La panique des marchés ! Les membres du G20 se réunissent en urgence ! La faillite de la Grèce ! La France: est-elle menacée ? etc, etc…
En temps normal, une bonne grève bien dure comme celles qui ont eu lieu en Grèce l'année dernière attise la convoitise du journaliste. Et que je te fais un papier sur les jeunes incompris. Et que je braque mes caméras sur ces pauvres syndicats spoliés par les méchants patrons. Et que je tends mon micro à toutes les minorités écrasées, silencieuses et incomprises (surtout parce pas écoutées) ?
Toujours en temps normal, nous devrions vivre les émeutes grecques en direct. Et Laurence Ferrari en tailleur Chanel sur fond d'Acropole en flamme, et Marie Drucker en jeans de luxe devant les devantures de magasins détruites, et notre Pujadas des bois avec brushing intégrés qui nous livre l'interview exclusive du plus grand syndicat de fonctionnaires grecs…
Vous les avez vues ces images ? Vous avez lu dans vos canards les machettes assassines ?
Non, rien de tout cela.
Non, aujourd'hui c'est plutôt profil bas ! En ce moment, on n'en rajoute pas à la démagogie, on serre les fesses car si finalement cette satanée crise de la dette vient chez nous, c'est mon appartement de 15 pièces qu'ils vont brûler. C'est ma Porsche qui sera vandalisée. Ce sont mes week-ends à Deauville qui tombent à l'eau. Non, finalement, en ce moment c'est du très sérieux, du lourd.
On n'est plus vraiment dans l'ère de la déconnade à la mode Guignols de l'Infos.
Comme aujourd'hui c'est peut-être du très sérieux et du très grave, nos syndicalistes à cheveux longs et sales sont priés d'attendre à la porte des studio. Nos braves manifestants professionnels de RESF ou nos chérubins écolos sont priés de bien vouloir attendre loin d'ici que la situation se décante un peu.
Et puis, si finalement la grosse catastrophe nous explose dans le nez, et bien ma brave dame, tous ces braves gens autrefois abonnés aux caméras et autres micros complaisants devront trouver une autre occupation que de faire perdre leur temps à ces si sympathiques journalistes qui ont bien d'autres chats à fouetter (entre autres, trouver un garage sûr pour ma Maserati), et des sujets bien plus sérieux et importants à traiter (comment rejoindre le restaurant Le Doyen sans passer par la place de la République).
Pour résumer, je pense que l'ère de la démagogie journalistique est révolue. Et peut-être qu'enfin, nous, les consommateurs de média et d'informations seront réellement informés, et pas de la dernière stupidité que vient d'inventer un illustre inconnu pour se faire mousser à l'écran. Elle est pas belle ma vision de l'avenir (proche) ?
Groucho Marx
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